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Le soliloque de Marguerite
Tu es la fleur blanche au coeur jaune, toi qui me ressemble dans mon épanouissement, au point de me faire perdre mon
identité dans un océan de doute. Suis-je le soleil en personne ou ta propre image dans un miroir d'eau ? Suis-je une comparaison jetée par le hasard au milieu d'une phrase ou bien une
métaphore qui joue sur le sens et la force des mots ? Ô marguerite ! il n'y a plus de rôle à jouer dans ce théâtre vide. A qui adresses-tu la parole dans cette froide solitude ?
Sombres-tu dans la folie pour jeter ta colère contre une ombre ou bien c'est sur le sommet des mots que se trouve ta liberté ? Le soleil obscurci par des nuages de jais raconte à l'âme
imaginaire son histoire avec la brune aux cheveux gris. Un secret que personne ne connaît à part le coeur. Devant les larmes qui courent sur ses joues, comme pour venir humecter sa bouche
où logent toutes les peines du monde, sa plume écrit et traduit son spleen. Et la marguerite lance alors sa complainte. Ô maître de la nature ! J'étais bien dans mon royaume céleste, moi
l'étoile souriant au jour. J'étais heureuse et épanouie comme un soleil au milieu de l'azur. Jusqu'au jour où la reine des ombres à décidé de jeter sur ma belle figure le voile obscur de
sa mère, comme pour me dire que le ciel lui appartient de naissance et depuis des siècles. Mais que veux-tu de moi et de mon temps ombre maudite ? Es-tu diabolique au point d'empêcher la
lumière douce du sommeil de pénétrer mes yeux et hypnotiser mes paupières ? Pauvre créature, écoute-moi bien ! Si ton front scintille comme un diamant, c'est grâce à moi ! Ta blancheur
est née de ma générosité, étoile sans couleur ! Moi le soleil d'aujourd'hui et de demain, l'élu de tous les poètes. Devant mes cheveux d'or et mon regard lumineux, les mers sauvages
s'inclinent et retrouvent leur sagesse sur le tapis lisse du sable, le désespoir se suicide et les maux se brisent comme l'écume sur la peau dure des rochers. Tu es un pâle flambeau, ô
fille de la noirceur ! Au lieu de te cacher derrière les ailes sombres des nuages, dis-moi, que veux-tu de moi ? Me parler ? Tu veux percer de tes rayons impuissants les fenêtres de
mes idées et savoir à quoi je rêve ? Eh ben, je vais te répondre à voix haute pour que tu puisses m'entendre : Je rêve de t'étrangler pour voir dans tes yeux la couleur sombre des mauvais
jours disparaître en une seconde. Le temps que tu as passé dans les bras du ciel est fini. Après ce dialogue entre la lumière et l'ombre, Marguerite a retrouvé son identité. Depuis, elle
ne cesse de répéter : je suis le soleil transformé en marguerite, puni d'avoir sombré dans les charmes d'une métaphore. C'est pourquoi, aujourd'hui, les amoureux viennent m'effeuiller :
pour savoir si on est aimé. Et ils disent, à chaque pétale qu'ils m'enlèvent : "Il (elle) m'aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout".
Nefertiti |
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